• vendredi , 25 août 2017

Gay ou hétéro, un algorithme qui révèle votre sexualité ?

On aurait pu croire que les théories de la physiognomonie* avaient fait long feu et servi de leçon aux scientifiques… En fait elles ressortent de leurs cartons poussiéreux et malodorants pour être cette fois axées sur l’orientation sexuelle et saupoudrées d’un parfum de technologie moderne…

photo-gay

D’une théorie fumeuse…

Si au 19ème, il était question d’utiliser les traits du visage pour déterminer les tendances criminelles d’un homme*, ou encore d’en tracer le portrait psychologique et les grandes lignes de son caractère, il s’agirait aujourd’hui de déterminer son orientation sexuelle !

En effet, une équipe de l’Université Charles de Prague sous la direction de Jarka Valentova a procédé à une étude portant sur 80 hommes – pour moitié hétérosexuels pour l’autre homosexuels – afin de « cartographier » près de 11 000 coordonnées sensées établir un comparatif morpho-géométrique de leurs visages selon leur sexualité.

Selon des résultats -limités ne l’oublions pas à 80 individus sur une population mondiale de 7,2 milliards – il semblerait que les homosexuels aient un visage plus court et plus large, que leurs mâchoires soient plus marquées, leur nez plus petit et plus court…

On peut raisonnablement se demander le pourquoi d’une démarche supposant l’existence de « marqueurs » physiques qui seraient propres aux homosexuels… A moins que la pression exercée par les professionnels de la pub et du marketing ne soit responsable de la ré émergence de cette pseudoscience ?

 

De la reconnaissance faciale….
Toujours à l’affut du moindre progrès scientifique permettant d’agir sur les comportements des consommateurs, les professionnels du marketing – qui ne s’étouffent jamais du moindre scrupule lorsqu’il s’agit de booster leurs ventes- voient déjà dans la « découverte » de l’équipe Valentova un bon moyen de cibler leur stratégie commerciale sur le net.
Déjà se profile l’idée d’enrichir les logiciels de reconnaissance faciale avec une base de données sexuée (pour ne pas dire sexiste !) afin d’affiner l’identification de l’orientation sexuelle du consommateur connecté et ce, à son insu bien évidemment.
Il ne suffit plus que les rayons des hypermarchés soient agencés, maquillés, parfumés de sorte à déconnecter les facultés de raisonnement du client pour provoquer la compulsion d’achat, il faut bien que la fièvre acheteuse infecte la toile puisque nous sommes de plus en plus nombreux à y faire nos achats…

 
Jusqu’au viol annoncé de notre intimité sexuelle… ?
On peut un instant être fasciné par l’étendue des progrès de la technologie, reste à savoir qui ils sont sensés servir. Si l’on admet l’existence d’hypothétiques marqueurs physiques qui seraient propres aux homosexuels, le bonheur de l’humanité réside-t-il dans la capacité à déterminer l’orientation sexuelle des individus afin de les pousser à consommer toujours plus ou bien, la science et la technologie doivent-elles être au service des besoins vitaux de notre espèce ?
Bien au-delà de la simple intrusion dans la vie privée, ne s’agit-il pas littéralement d’un viol de l’intimité qui a de quoi déranger ? Au 19ème il était question de « mettre la science au service de l’ordre social[] », théorie reprise et développée au 20ème par les nazis qui fichaient aussi les individus selon leur sexualité…

 
Loin de moi l’idée d’agiter le spectre du complexe de Frankenstein mais, ne nous leurrons pas Big Brother est déjà bien présent dans nos vies, nous sommes tous fichés et pistés parce que nous aimons bien nos cartes de crédit, nos smartphones et que nous sommes très fiers des capacités de nos ordinateurs…
Pour autant, devons-nous estimer qu’il est finalement anodin de nous ficher selon notre sexualité ?

 
*Physiognomonie : méthode pseudo-scientifique basée sur les théories du criminologue Cesare Lombroso (1835-1905)

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